Match du 9 décembre

Des absences remarquées

Les planètes devaient sûrement être mal alignées, dimanche soir, pour que trois gros joueurs manquent à l’appel simultanément. L’absence de François Laneuville et de Guy Baillargeon chez les Rouges, et d’Alexandre Gauthier chez les Bleus, a eu des conséquences évidentes sur un match qui s’annonçait pourtant prometteur.

Les joueurs des deux équipes ont tenté de nous faire oublier l’absence de ces joueurs, mais les répercussions sur l’écriture des impros ont été considérables. Les sept autres joueurs réguliers, aidés des substituts Robin Tremblay et Stéphane Bélanger (Rouges) ainsi que Marie-Ève Beauchemin (Bleus), ont semblé déstabilisés par cette situation mais ont tout de même offert quelques bons moments.

Il ne s’agissait pourtant pas d’un mauvais match. Mais les rebondissements n’étaient pas toujours très heureux. Les Bleus, qui l’ont emporté par la marque de 9 à 6, en ont même perdu leur capitaine, Marc-André Fortin, qui s’est vu décerner deux pénalités personnelles.

Ces quatre-vingt-dix minutes de jeu auront permis de voir jouer davantage certaines recrues comme Sarah Laurendeau et Claudia Levasseur, qui ont eu plusieurs présences remarquées. Les substituts ont fait le travail qu’on attendait d’eux, surtout Robin Tremblay, qui a même mérité la troisième étoile.

Le match a commencé sur une chasse au « Papillon noir » mettant en scène Stéphane Bélanger et Alexandre Dostie. Dès le départ, on annonce une quête, mais l’intervention absurde du joueur Tremblay n’a pas eu l’effet escompté sur l’histoire qui nous présentait deux chasseurs de papillons.

L’impro du match demeure probablement la mixte de six minutes intitulée « La fille du samouraï ». Les joueuses Fréchette et Martin incarnaient respectivement le rôle-titre et sa servante. Cette dernière incite sa maîtresse à combattre pour succéder à son père et prendre le royaume voisin. Des personnages bien campés, une histoire qui se pouvait, une conviction dans l’interprétation : tout y était. Même les personnages secondaires (Fortin en vieux samouraï qui se fait trancher la tête, et Bélanger en chef du royaume voisin) ont apporté de l’eau au moulin.

Les catégories imposées n’ont pas permis de faire lever l’énergie d?un cran. La « Variation » sous le thème de « Trahison » a donné lieu à une succession laborieuse d’essais : personnages préhistoriques, western absurde, opéra, époque biblique... La « Silencieuse » pourtant pleine de bonne volonté a été précipitée. Trop de joueurs, sans doute. La « Fusillade groupée » se voulait intéressante pour fouetter les troupes en début de deuxième période mais on était tellement loin des thèmes imposés de part et d’autre que l’effort est tombé à plat. Heureusement que l’improvisation « Sur les routes », dans la catégorie « Exercice de style » a permis de beaux échanges entre les joueurs Dostie (mention) et Bélanger. Tour à tour, ils ont livré cette histoire de « road trip » vers Baltimore à la manière de Quentin Tarentino, Woody Allen (bien fait!), Alfred Hitchcock et d’une comédie musicale. Plus tard dans le match, une impro de catégorie « Inspiration musicale » a permis aux joueurs Tremblay (3e étoile) et Martin (1re étoile) de s’éclater à grands coups de « Putain! », quelque part dans le sud des Etats-Unis. L’histoire était confuse, mais l’énergie était là.

L’écriture et l’écoute étaient parfois difficile dans ce match. Dans « Un royaume sans lendemain », la trop grande différence entre les personnages campés par les joueurs Bélanger et Levasseur n’a pas permis aux deux principaux protagonistes de bien se rejoindre. Le couple voulait sortir de la maison (Était-ce un palais? Un royaume?) mais l’hésitation a été longue. Un bon gag, probablement involontaire : avant de sortir, il faudrait mettre de la crème USB!

Quelques personnages solides ont rehaussé le niveau de certaines impros. Dans « Justine et les géants », la joueuse Martin chez les Bleus y est allée d’une ado blasée qui a mis le cap sur le Luxembourg (!) avec son collègue Dostie. Les Luxembourgeois, vu leur proximité avec l’Allemagne, sont des géants, paraît-il... Allez savoir pourquoi... Mais le joueur Fortin s’est bien amusé debout sur la bande, oubliant même de prendre un personnage germanique. Oubli que l’arbitre-et-maman-en-devenir Charland a remarqué et puni, avec raison.

Chez les Rouges, la joueuse Fréchette jouait une enfant surdouée qui travaillait dans un grand bureau, avec des collègues qui la surchargeaient de travail. Interventions efficaces du joueur Tremblay dans cette situation un peu embrouillée.

L’énergie a été haussée d?un cran en deuxième période alors que les joueurs Pinard (2e étoile) et Levasseur nous ont offert un « Bonheur total » vraiment extatique. Madame est enceinte de septuplés et monsieur ne se peut plus. Il fabrique un berceau à la vitesse de l’éclair; elle s’inquiète pour le manque de parrains et de marraines. Construction efficace, interprétation vive et bien sentie. Les deux numéros 7, dans une 7 minutes, qui ont fait accoucher des septuplés... Toute une coïncidence.

L’ambiance de ce match a semblé parfois lourde, en raison de toutes sortes de facteurs : absence de joueurs de premier plan, difficulté d’avoir une cohésion dans les équipes, failles dans l’écoute et la concentration, avertissements et pénalités à répétition, expulsion d’un capitaine... Appelons ça les « conditions météorologiques défavorables » et saluons plutôt la volonté des joueurs de donner un bon spectacle. En plusieurs moments, cet objectif a été atteint.

Mais souhaitons que les piliers des équipes ne manquent pas trop souvent. Et surtout, qu’ils ne manquent pas tous en même temps.

Martin Francoeur, joueur des Verts

Mention: Alexandre Dostie
3e étoile: Robin Tremblay
2e étoile: Jean-François Pinard
1ère étoile: Hélène Martin