Match du 16 novembre
Décidément, les Rouges semblent prendre goût au fait de prolonger le plaisir. Après s’être inclinés en deuxième supplémentaire face aux Bleus, voilà qu’ils viennent d’arracher la victoire aux Jaunes par le pointage de 8-7, toujours en surtemps.
Il fallait presque s’y attendre. Tout au long du match de dimanche, les équipes étaient au coude à coude. Jamais le pointage n’a dépassé deux points d’écart tout au long de cette soirée ponctuée d’impros intéressantes et de personnages plus colorés les uns que les autres.
Le match a débuté par une comparée en solo ayant pour titre « Jamais le vendredi », au cours de laquelle les équipes ont montré leurs couleurs. Du côté des Jaunes, Alex Drouin y est allé d’un numéro dans lequel un homme feint de ne pas pouvoir aller travailler. Mimiques, échanges avec des interlocuteurs imaginaires, énergie bien dosée : tout y était pour arracher le point. Du côté des Rouges, malgré l’avantage de la rondelle, Stéphane Bélanger n’a pu approfondir son histoire de diseur de bonne aventure au service d’un roi. Dans sa boule, il voyait que rien ne pouvait être fait le vendredi.
De beaux duos nous ont été servis au cours de la soirée. Dans « Dernier tango à Buenos Aires », Jean-François Pinard et son incomparable accent espagnol a provoqué une belle rencontre avec Myriam Lemieux (3e étoile). Deux artistes : un danseur argentin et une auteure en quête d’histoire passionnante. L’échange de disciplines a bien opéré. Jean-François Pinard, qui aurait pu se glisser parmi les étoiles de la soirée, a offert des personnages solides tout au long de la soirée, notamment dans « Tournée automnale », où il incarnait un propriétaire de verger qui veut laisser l’entreprise à son fils qui n’en veut pas. « Ma vie, ça va devenir de la compote », a déclaré le joueur Sénécal. Solide Pinard aussi dans « Haute tension », en électricien complètement déjanté.
Autre tandem efficace : celui des recrues Hilaire Sénécal et Pascal Cholette-Janson dans « Douce agonie ». Le douanier zélé qui intercepte un quidam aux airs suspects, qui revient de Palestine de surcroît. Place à la torture aux décharges électriques après avoir trouvé une grenade (!) dans les bagages. Belle intervention d’Alexandre Gauthier (1re étoile) qui, dans un subtil flashback, nous a fait comprendre comment on tentait d’utiliser le quidam pour passer la grenade au point de sécurité. La rudesse au joueur Cholette-Janson, plutôt bien méritée, n’a pas eu trop d’impact sur le déroulement de l’impro.
Au chapitre des bons flashs d’exploitation d’un thème, on retrouve la « Coïncidence » des Rouges, au cours de laquelle une vieille dame (magnifique Cindy Rousseau, 2e étoile) présente son jeune amant à ses enfants, plus vieux que lui. « Honnêtement, je n’ai jamais été aussi satisfaite », laisse-t-elle tomber le plus sincèrement du monde. Les Jaunes, avec leur gala de lutte improvisé à la caisse d’un supermarché, leur ont ravi le point, dans un beau moment de folie. On se souviendra de ce Estan Popoulov…
Notons aussi l’excellente idée des Jaunes sur « Le printemps des Dieux », au cours de laquelle le joueur Gauthier nous a servi la Dernière Cène, façon cabane à sucre. Le vin était remplacé par le sirop d’érable et le pain par les oreilles… de Christ!
On n’a pas eu droit à beaucoup d’impros à catégorie imposée dans ce match. Mais les joueurs se sont bien débrouillés dans l’improvisation « Rumeurs », à la manière de Tim Burton. Même si on était loin du thème, on a respecté l’univers de ce cinéaste et on s’est laissé entraîner dans une belle folie. Il a fallu que la joueuse Rousseau, dans un dernier va-tout à cinq secondes du sifflet de l’arbitre, mentionne que tout cela n’était que… des rumeurs! L’arbitre Fortin a laissé passer.
La zapping de Bergeron et de Bellerose-Veilleux était correcte, sans plus. La comparée narrative (qui avait pour titre « Insomniaque ») a été efficace surtout du côté des Jaunes.
Le match a aussi été truffé de petits moments maladroits, comme ces légos déposés à côté d’un pacemaker lors d’une opération à cœur ouvert. Pourtant, avec un thème comme « Grave erreur », on aurait pu aller plus loin. En quinze petites secondes, le punch était lancé et les joueurs ont tenté de trouver des pistes, en vain. Beau personnage du joueur Bélanger en chirurgien cardiaque un peu fada. Autre impro à oublier : la courte mixte intitulée « Chronique » dans laquelle la joueuse Rousseau passait une entrevue pour être chroniqueuse dans un magazine. Mais en face d’elle, le joueur Bellerose-Veilleux était beaucoup trop occupé à faire le drôle et a oublié de construire. Mais le public a ri et, vraisemblablement, apprécié…
En supplémentaire, on aura terminé le match comme on l’avait commencé : en comparée. Sous le thème « La petite fille à la roulotte », les Jaunes nous ont offert une petite fille (solide Myriam Lemieux) abandonnée par son père pour quelques jours sur un terrain de camping. Le match aurait pu prendre fin abruptement si l’arbitre Fortin avait décerné une pénalité de déjà vu ou de cliché lorsque la joueuse a implicitement fait référence aux « électriciens qui font des niaiseries dans le poteau », clin d’œil à l’impro précédente. Avec en banque deux pénalités, les Rouges n’auraient même pas eu besoin d’offrir leur performance. On aurait toutefois manqué un beau moment avec Cindy Rousseau en jeune fille qui en est à sa première journée dans une roulotte à patates frites. Un client devant elle et elle nous lance, sans broncher : « Hey, là chu vraiment dans le jus! ». Majorité Rouges. Victoire de 8-7.
Dimanche dernier, les Rouges ont démontré qu’ils sont capables de cohésion, d’imagination et que l’expérience, lorsque bien canalisée, peut être payante.
Martin Francoeur, capitaine des Verts, en direct de la cave
3e étoile: Myriam Lemieux
2e étoile: Cindy Rousseau
1ère étoile: Alexandre Gauthier